Il y a des histoires qui se racontent, et d’autres qui se vivent. Celle de Hip Hop Generation Brussels 2025 appartient à la seconde catégorie. Pendant trois jours, au cœur de Cureghem, Anderlecht, la culture hip-hop bruxelloise a retrouvé ses couleurs d’origine, ses voix, ses gestes, ses héritages. Un mouvement né dans la rue, ramené dans la rue, pour que toutes les rues puissent à nouveau s’y reconnaître.
Cette 4e édition du ‘Hip-hop Generation » n’a pas seulement présenté le hip-hop. Elle l’a mis à nu.

Ce que j’ai découvert cette année dépasse un simple événement culturel. C’est un récit d’hommes. De pères, de frères, de fils. De quartiers populaires. D’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne. De survivants de l’immigration industrielle. Et d’un pionnier belge, Mohamed Halhoule, qui a réussi à convertir une anecdote scolaire en une révolution pédagogique.
Comment un professeur peut changer une vie

Mohamed Halhoule me raconte l’histoire que je n’arrive plus à oublier.
Un jour, à l’Académie des Beaux-Arts, son professeur entre en classe avec un tourne-disque vintage. Elle pose un vinyle de reggae, fait chauffer du thé, accroche des feuilles immenses sur les murs. La classe s’apaise. Les élèves, d’habitude turbulents, se concentrent. Pour la première fois, Mohamed, gamin du quartier Lemmens, découvre la possibilité de réussir. Ce jour-là, dit-il, tout a basculé. À partir de là, plus un échec. Plus une année ratée.
Cette scène a déterminé son destin d’homme. Et quarante ans plus tard, elle refait surface dans une cour de Cureghem, au milieu d’enfants qui lui ressemblent.
Hip Hop Generation Brussels 2025 : un atelier graffiti qui change les règles

Quand il lance son atelier graffiti cette année, Mohamed observe quelque chose. Les enfants n’arrivent pas à reproduire les lettres du modèle. Ils tracent, effacent, s’énervent. Il ferme les yeux. Alors il fait ce que font les hommes qui ont grandi dans la débrouille : il invente.
Il crée un outil de mesure, inspiré des techniques de dessin académique, adapté aux codes du graffiti. Pas une règle. Une méthode. Un pont entre les arts plastiques et la rue. Et soudain, tout change. Les enfants corrigent, ajustent, comprennent. Ils se concentrent. Ils réussissent. Une satisfaction. Une confiance en soit.
« J’en suis la preuve. Quand les conditions sont alignées, un enfant décolle toujours. »
On l’observe sur place. Des gamins habituellement agités restent une heure entière debout, absorbés. Ils repartent avec une œuvre. Et avec une fierté. Dans des quartiers où la fierté n’est souvent qu’une façade, ce constat vaut de l’or.
L’histoire du hip-hop belge : une mémoire afro-européenne

On raconte souvent le hip-hop comme une importation américaine. À Bruxelles, c’est un miroir des vagues migratoires. Les archives le confirment. Dans les années 1960-1980, la Belgique accueille massivement des travailleurs marocains, algériens, tunisiens, congolais ou rwandais. Les chiffres de l’immigration montrent des milliers d’emplois liés aux mines, aux chantiers, aux transports et au nettoyage. Des métiers pénibles, sous-payés, essentiels.
Ce sont leurs enfants qui feront le hip-hop belge.

Dans les années 80, les familles nombreuses n’ont pas les moyens de payer des cours de danse ou des activités parascolaires. Alors la rue devient un terrain d’apprentissage et de survie masculine. Pas de Saint-Nicolas. Pas de cadeaux. Pas de clubs privés. Juste un carton au sol. Des gestes copiés d’une cassette vidéo VHS. Comme au Bronx, lorsque Cindy et son frère, DJ Kool Herc, ont lancé la première jam.
Le même rythme Hip-Hop, d’une génération à l’autre.

Mohamed me dit que ses grands frères organisaient des T’dansants. La première génération dansait un twist mêlé de rock’n’roll. La sienne lui a emboîté le pas avec le breakdance. Aujourd’hui, la Gen Z, composée à plus de 70 % de femmes, réinvente à son tour cette expression corporelle. L’histoire est un éternel recommencement : chaque décennie invente son propre langage corporel. Le hip-hop, déjà ouvert à la diversité, est plus que jamais un langage universel.
Trois jours à Cureghem : archives vivantes et renaissance culturelle

De vendredi à dimanche, Cureghem devient un documentaire vivant. Une salle entière consacrée à un storytelling géant : quarante ans d’histoire du hip-hop belge, année par année. Photos d’époque, VHS numérisées et sculpté, témoignages de pionniers. Une mémoire longtemps ignorée, soudain mise en lumière.
Les experts le confirment. Selon le Centre d’études socioculturelles de Bruxelles (2024), les événements mêlant archives et participation active augmentent l’engagement culturel des jeunes de 42 %. Et dans les faits, la preuve est là. Les ateliers graffiti, danse, DJing et freestyle attirent un public qui ne met jamais les pieds dans un musée traditionnel.
Même les mères de famille regardent leurs enfants tracer des lignes avec une émotion nouvelle. Les adolescents filment avec leur téléphone. Les plus petits observent les danseurs tourner sur le dos avec un mélange de respect et d’envie. Et les anciens du quartier sourient en coin : ils voient leur propre jeunesse se rejouer devant eux.
Une énergie masculine. Une énergie collective. Une énergie bruxelloise.

Hip Hop Generation Brussels, ce n’est pas qu’un festival. C’est une école de vie. Une école de la diversité. Une école de survie. Et de transmission.
Une énergie brute traverse la place Lemmens. Une énergie qui vient de loin. Du Maghreb. De l’Afrique centrale. Des ouvriers des mines et des usines. Des pères silencieux. Des mères épuisées. Des enfants livrés à eux-mêmes. De ces rêves qui n’ont jamais eu de budget.
Le hip-hop les a réunis. Les a tenus debout. Les a rendus visibles.
Comprendre d’où l’on vient pour savoir où l’on va
Si cette 4e édition « Hip-Hop Generation Brussels » compte plus que les autres, c’est parce qu’elle réussit ce que peu d’événements parviennent encore à faire : reconnecter une génération à ses racines, tout en inventant les outils pédagogiques de demain.
Ce que j’ai vu à Cureghem mérite d’être raconté. Documenté. Protégé. Honoré. Parce que derrière chaque pas de break, chaque trait de graffiti et chaque scratch, il y a un enfant de l’immigration qui refuse de disparaître.
Et tant que ces histoires existeront, Men Magazine continuera à les raconter.

Des invitations pour les futurs ateliers de Deejay, graffiti ou même pour les visite guidée, il suffit de vous inscrire pour ne rien rater sur le site de Hiphopgeneration.be
Mise à jour de l’article du 3 Novembre 2024
L’édition de Hip-Hop Generation Brussels 2024 à rayonné la capitale
L’histoire captivante du hip-hop belge a été mise en lumière dans l’exposition passionnante « Hip-Hop Generation Brussels 2024 ». Du 31 mai au 2 juin 2024, la Salle Lemmens, située place Lemmens à Anderlecht, a été le théâtre d’une exploration approfondie de cette culture urbaine qui a marqué Bruxelles. Cette troisième édition a promis de plonger les visiteurs au cœur de l’aventure hip-hop, de ses origines à nos jours, en mettant en avant les pionniers bruxellois de cette scène vibrante dès les années 80.

L’initiative de cette plongée historique a émané de l’ASBL « Hip-hop Generation 80 », fondée par Halhoule Mohamed, figure emblématique du hip-hop belge. Journaliste et photographe, Mohamed a été un témoin privilégié des premiers pas du hip-hop dans la capitale belge. Il a partagé avec nous les influences américaines sur les quartiers populaires de Bruxelles, les anecdotes surprenantes et les lieux mythiques qui ont servi d’écrin à cette culture florissante. À travers son objectif, il a capturé l’essence des pionniers du hip-hop, conservant jalousement le souvenir d’une époque révolue où l’espace urbain bruxellois vibrait au rythme de cette culture.


Chaque édition de l’exposition a été enrichie d’ateliers de graffiti, de danse et de spectacles vivants, faisant de l’événement une véritable célébration de la joie et de la créativité. L’édition 2024 a été particulièrement mémorable, mobilisant les communautés tant locales que nationales autour d’un instant de partage intergénérationnel. C’est une démonstration éloquente que le hip-hop belge représente un héritage culturel précieux mêlant égalité des chances et diversité.

Afin de matérialiser ce projet ambitieux, une stratégie bien définie a été mise en place depuis la première édition. Elle avait pour but de répondre à l’engouement des jeunes pour la culture hip-hop belge et de promouvoir ce patrimoine immatériel. Après avoir réuni les pionniers du hip-hop grâce à un réseau étendu et au lanceur d’alerte Fares Boudiddit – une tâche ardue après 40 ans – l’équipe des pionniers s’est attachée à documenter leur histoire par des interviews et des séances photo. Ces préparatifs ont culminé avec une première exposition introduisant les visiteurs à cet univers culturel riche et diversifié, marquant ainsi le début d’une série d’événements majeurs consacrés au hip-hop belge.

La « Hip-Hop Generation Brussels » est bien plus qu’une exposition ; c’est un appel à célébrer ensemble cette culture vibrante qui rassemble et inspire. Elle témoigne de la vitalité du hip-hop à Bruxelles et de son importance comme vecteur d’unité et de créativité. Ne manquez pas cette occasion unique de voyager dans le temps et de découvrir l’âme de la culture hip-hop belge .

La mise en récit de cette aventure collective a offert une perspective enrichissante sur le hip-hop bruxellois, l’histoire du Hip-hop documentaire invitant à une expérience immersive et inclusive. Rejoignez-nous pour célébrer ensemble la culture hip-hop, un mouvement intemporel qui continue de fasciner et d’inspirer de génération en génération.
Un Merci d’un pionnier du hip-hop des années 1980 en toute simplicité

Avez-vous déjà senti l’impact profond d’un soutien sincère? Dans les coulisses de chaque succès, il y a des mains tendues et des coeurs ouverts qui méritent notre gratitude. Ce billet de blog, à travers des mots simples mais chargés d’authenticité, veut honorer ceux qui, dans l’ombre, ont été nos alliés. Découvrez comment de simples actions peuvent bâtir des fondations solides sur lesquelles s’épanouit la créativité.

L’organisateur, avec humilité et sincérité, souhaite exprimer sa reconnaissance à tous ceux qui ont contribué à notre aventure. Que ce soit les individus, les entreprises, les associations ou les institutions, chaque effort a compté. En 2019, l’organisateur a été honoré par la confiance de la Ministre de la Culture, initiant l’inauguration de la Fédération Nationale du Hip-Hop Belge—a un jalon significatif pour notre communauté.

Le soutien pour la culture Hip-Hop, manifesté par la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Cocof, a été un pilier depuis la première édition. Sous l’égide du Ministre Président Rudy Vervoort, Bruxelles s’est illustrée et a rayonné, réaffirmant l’importance de ce mouvement artistique. Cette reconnaissance a non seulement enrichi le Festival urbain de l’été mais a également insufflé une énergie renouvelée pour l’avenir.
Ce billet ne vise pas à faire écho à des acclamations retentissantes, mais plutôt à offrir un remerciement discret et profond à ceux qui, par leur soutien, nous permettent de poursuivre notre passion pour le Hip-Hop. Grâce à vous, la culture vibre et persévère.
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