Avec le recul, ce ne sont pas les stands, les chiffres ou les allées du Grand Palais qui restent en tête, mais quelques images très précises. Des fragments de peau, de béton, de pixels, de pages imprimées. Des corps, des territoires, des livres et des mirages numériques qui, mis bout à bout, dessinent une cartographie intime de la photographie contemporaine.
Plutôt que de refaire le récit d’une édition déjà passée, voici un musée mental construit à partir des œuvres que nous avons choisies de montrer. Une poignée de photographes, de gestes et de visions qui, ensemble, racontent comment on regarde encore des images aujourd’hui.
Corps, désirs, identités : le portrait comme terrain de jeu
Edward Weston, Jack Davison, Ken Ohara, Peter Hujar, András Ladocsi, Bérangère Fromont
Edward Weston

Avec Edward Weston, Untitled (Neck) (1920s), tout commence par une courbe. Un fragment de nuque, cadré au plus près, où le corps devient presque abstraction. On ne sait plus très bien si l’on regarde un être humain ou une sculpture moderniste. Weston ne documente pas un modèle, il taille littéralement dans la lumière. Son image rappelle que la photographie peut, par un simple cadrage, basculer du réel vers la forme pure.
Jack Davison

Quelques décennies plus tard, Jack Davison, Portraits (Annie – detail) (2025) travaille la même obsession du fragment, mais à l’ère du flux. Son portrait semble à la fois improvisé et ultra maîtrisé : un visage partiellement masqué, une lumière qui caresse plus qu’elle n’éclaire. Davison s’inscrit dans une génération qui a grandi avec les images partout, tout le temps, mais qui continue de croire au pouvoir d’un visage isolé, d’un détail qui claque.
Man Ray, Another Spring (1961) – Ken Ohara

Le montage Man Ray, Another Spring (1961) – Ken Ohara, with 934 (1998) renforce cette idée que le portrait n’est jamais un simple “face à face”. Chez Man Ray, le corps est champ d’expérimentation et objet, entre surréalisme assumé et jeu avec les techniques de chambre noire. Chez Ken Ohara, au contraire, tout semble minimal : un cadrage frontal, un temps de pose prolongé, un visage numéroté plutôt que nommé. Mis côte à côte, les deux images racontent la même chose : le portrait, c’est toujours une négociation entre ce que l’on montre et ce que l’on retient.
Peter Hujar — Grégoire Grange

Dans Peter Hujar, Richard – Shoes (1981), le corps oriente le regard sur le pied déchaussé. Les chaussures se mettent en scène, posées avec la gravité d’un portrait classique. Hujar a toujours su faire exister ses sujets – amis, amants, anonymes – avec une intensité silencieuse. Ici, ce sont les objets qui portent la mémoire d’un corps absent. On lit le poids, la posture, presque la personnalité, dans la façon dont les chaussures s’offrent au cadre.
András Ladocsi — Bérangère Fromont

Le duo András Ladocsi, Beach (2023) – Bérangère Fromont, République (2024) fait entrer la jeunesse dans ce musée mental. Chez Ladocsi, des corps d’homme proches de l’eau en couleurs, entre vulnérabilité et puissance, héritage de son passé de nageur. Chez Fromont, une silhouette masculine en noir et blanc. Ensemble, les deux images racontent des corps qui apprennent à se tenir dans le monde – dans la mer, dans la ville, dans l’image.
Territoires, frontières, catastrophes : cartographier les cicatrices
Sophie Ristelhueber, Guy Tillim, Veronika Pot, Lewis Baltz, Felipe Romero Beltrán, Gauri Gill, Rosângela Rennó
Sophie Ristelhueber –Mia Weiner

Avec Sophie Ristelhueber, Pont Allenby 2 (2016), le paysage n’est plus décor mais symptôme. Ce pont entre la Jordanie et la Cisjordanie est photographié comme un point de tension, une couture visible sur un territoire fracturé. Ristelhueber ne montre ni soldats ni affrontements ; elle se concentre sur la trace, sur ce que la politique laisse au sol. Son image rappelle que la photographie de conflit peut exister sans scène de guerre, simplement en documentant les cicatrices.
Guy Tillim

Guy Tillim, Quelimane (2007/2025) prolonge cette réflexion sur les espaces chargés d’histoire. Dans cette ville mozambicaine marquée par l’héritage colonial, architecture fatiguée et rues presque vides composent un théâtre immobile. Tillim offre des images où le temps semble suspendu, comme si les bâtiments portaient seuls le poids du récit. On ne sait pas si l’on regarde un futur possible ou un passé qui refuse de disparaître.
Veronika Pot

Avec Veronika Pot, Landslide (2023), la catastrophe naturelle devient motif. Un glissement de terrain apparaît comme une abstraction presque picturale, entre lignes brisées et surfaces effondrées. Pot joue sur cette ambiguïté : beau et inquiétant à la fois. La question n’est plus seulement “que s’est-il passé ?”, mais “comment regarder ce qui nous dépasse sans le réduire au spectaculaire ?”.
Lewis Baltz

Dans Lewis Baltz, New Industrial Park, Element 27 (1974), la catastrophe est plus discrète : zones industrielles, toiture aveugles, matière brute, demi-ton. Baltz fait partie de ces photographes qui ont documenté la banalité bétonnée du monde occidental avec une froideur clinique. Son image, presque entièrement faite de lignes, de surfaces et de gris, oblige à regarder ce que l’on ne voit jamais : les marges, les non-lieux, les arrière-plans de nos vies.
Felipe Romero Beltrán

Le travail de Felipe Romero Beltrán, Equipo de sonido (2025) ramène l’humain au cœur du décor. Une chaise, un matelas, un système de sonorisation : des objets modestes, posés dans un environnement marqué par la migration. Beltrán transforme ces choses abandonnées en personnages secondaires d’un récit invisible. C’est l’une des forces du documentaire contemporain : raconter les trajectoires sans forcément montrer les corps.
Enfin, Rosângela Rennó, Untitled (acrobacia), from “Insólidos” travaille le territoire de la mémoire plutôt que celui de la géographie. En partant d’images d’archives, elle réorganise, rejoue et réactive des photographies déjà existantes. Acrobacia semble légère, presque ludique, mais derrière le geste se pose une question lourde : que devient une image lorsqu’elle est arrachée à son contexte d’origine et rejouée dans un autre récit ?
Fictions, rêves, mirages : quand l’image fabrique des mondes
Torbjørn Rødland, Tyler Mitchell, Henry Roy, Justine Kurland, Gilleam Trapenberg, Man Ray
Torbjørn Rødland

Avec Torbjørn Rødland, Home Song (2020–25), le quotidien bascule dans une étrangeté douce. Tout semble familier – objets domestiques, gestes simples – mais un détail dérange, un glissement trouble la scène. Rødland pratique une forme de surréalisme contemporain : les images ont l’air simples, mais la sensation reste longtemps après avoir quitté le cadre.
Tyler Mitchell — Witty Books, Peter Puklus

À l’inverse, Tyler Mitchell, New Horizons II (2022) assume une forme de clarté. Des jeunes corps noirs, dans un paysage lumineux, construisent une utopie visuelle. Ici, pas de misérabilisme, pas de cadrage dramatique : seulement la possibilité d’un autre imaginaire, où la représentation des corps noirs rime avec joie, désir et projection. L’image montre autant qu’elle répare.
Henry Roy

Henry Roy, Impossible Island (2025) se situe quelque part entre ces deux pôles. Le paysage y est autant mental que géographique, flottant entre Haïti, la France et des espaces intérieurs plus difficiles à nommer. Le titre dit tout : l’île n’est pas seulement un lieu, c’est une construction de mémoire, une fiction intime. L’image fonctionne comme un rêve éveillé : on ne sait pas exactement où l’on est, mais on sent qu’on y a déjà été.
Justine Kurland

Avec Justine Kurland, Two Mac Apples and Garlic Clove (2025), le récit passe par la nature morte. Pommes, gousse d’ail, fond neutre : en apparence, rien que de très classique. Et pourtant, Kurland injecte dans cette scène toute une charge narrative, comme si chaque objet était le vestige d’une histoire plus vaste. La nature morte, genre ancien, retrouve ici un potentiel de storytelling inattendu.
Gilleam Trapenberg

Le duo Gilleam Trapenberg, Amelia (2023) – Gauri Gill, Untitled (22) (2021) fabrique un va-et-vient entre portrait et paysage. D’un côté, un jeune africain sur la plage, une présence, une subjectivité. De l’autre, un territoire en transformation, une zone de dépôt, bidon-ville sans forcément montrer ceux qui y vivent. Ensemble, les deux images suggèrent que toute personne est liée à un lieu, et que tout paysage est traversé par des vies invisibles.
Pixel, matière, livres : penser la photographie au-delà du tirage
Adrian Sauer, Kevin Abosch, Marleen Sleeuwits, Mia Weiner, Mark Power, Sofia Coppola, Peter Puklus
Avec Adrian Sauer, Wolke_Zufall (Truth Table) (2024), la photographie explose en pixels. L’image, agrandie jusqu’à la trame numérique, devient un tableau abstrait. On ne sait plus si l’on regarde un nuage, un bug ou une grille mathématique. Sauer met à nu ce que nous préférons oublier : derrière chaque photo numérique se cachent des lignes de code, des logiques binaires, des calculs.
Kevin Abosch, UPGRADE 01 (2024) pose une autre question : que devient une photographie lorsqu’elle circule sur blockchain, sous forme de NFT, dans des environnements entièrement dématérialisés ? L’œuvre interroge moins la technologie en elle-même que la notion de valeur : qu’achète-t-on exactement quand on collectionne une image à l’ère des copies infinies ?
Avec Marleen Sleeuwits, Presentation at Fotomuseum Den Haag (2025), la photographie sort littéralement du mur. Ses installations transforment les espaces d’exposition en labyrinthe d’images, de structures et de reflets. Documenter une installation de Sleeuwits, c’est déjà accepter que l’image ne soit pas seulement un rectangle, mais un environnement.
Du côté des livres, Mark Power, Fashion Photobook (2025) joue avec les codes du livre de mode. Séquences, ruptures de rythme, détournements visuels : le photobook devient un espace critique plutôt qu’un simple catalogue d’images glamour. Sofia Coppola, The Virgin Suicides (2025), publié chez MACK/SPBH, explore au contraire l’archive : photos de tournage, images de coulisses, recomposition d’un imaginaire cinéma devenu culte. Le livre, ici, agit comme machine à remonter le temps
II. Le secteur Principal : 138 galeries internationales déploient leurs trésors
Au cœur de la nef, le secteur Principal réunissait 138 galeries avec une proposition impressionnante : 37 solo shows, 8 duo shows et 93 expositions collectives. C’est ici que j’ai mesuré la vitalité du marché photographique international.
Irving Penn chez Pace Gallery : l’élégance intemporelle
Irving Penn, Molyneux Pocket Detail (B), 1950
Pace Gallery présentait des tirages d’Irving Penn, figure légendaire de la photographie de mode. Né en 1917 à Plainfield dans le New Jersey et décédé en 2009, Penn a révolutionné l’image de mode en y apportant un minimalisme et une rigueur de composition jusqu’alors inédits. Sa collaboration avec Vogue reste l’une des plus célèbres de l’histoire de la photographie.
Ce détail d’une poche Molyneux de 1950 illustre son génie : transformer un simple élément vestimentaire en sculpture graphique. Penn travaillait en studio avec une lumière contrôlée, créant des images ultra-posées qui contrastaient avec l’agitation de la rue. Ses portraits ethnographiques, notamment la série « Small Trades » ou « Worlds in a Small Room », ont marqué des générations de photographes.
Anecdote : Après 2000, Penn s’est remis à imprimer des tirages platine-palladium géants, relançant l’intérêt du marché pour ces procédés anciens. Les tirages présentés à Paris Photo 2025 témoignent de cette recherche constante de la perfection technique.
Man Ray et le surréalisme photographique
Man Ray, Another Spring, 1961
La galerie Bruce Silverstein présentait également Man Ray aux côtés d’Edward Weston et Henri Cartier-Bresson. Né en 1890 à Philadelphie et décédé en 1976, Man Ray (de son vrai nom Emmanuel Radnitzky) fut l’un des piliers de l’avant-garde dadaïste et surréaliste.
« Another Spring » (1961) appartient à sa période tardive, où il revisite ses thèmes favoris avec une maturité nouvelle. Man Ray a inventé de nombreuses techniques photographiques, dont la solarisation et les « rayogrammes » (photogrammes créés sans appareil, en posant des objets directement sur le papier photosensible). Sa vision expérimentale de la photographie a ouvert des voies que les artistes contemporains explorent encore aujourd’hui.
Jack Davison : le renouveau du portrait contemporain
Jack Davison, Portraits (Annie – detail), 2025
Chez Cob Gallery (Londres), j’ai découvert le travail de Jack Davison, photographe britannique né en 1990 dans l’Essex. Son approche du portrait mêle surréalisme sensuel et technique classique du noir et blanc.
« Portraits (Annie – detail) » (2025) révèle sa capacité à capturer l’intimité tout en maintenant une distance graphique. Davison travaille souvent avec des cadrages serrés et une lumière naturelle qui donne à ses images une qualité presque picturale. Sa présence en solo show à Paris Photo confirme son statut de figure montante de la photographie contemporaine.
Représenté par Loose Joints Books, Davison incarne cette nouvelle génération de photographes qui naviguent entre commandes éditoriales haut de gamme et projets artistiques personnels, sans jamais sacrifier leur vision singulière.
III. Le secteur Voices : deux regards curatoriaux sur le paysage et la parenté
Pour sa deuxième édition, le secteur Voices s’installait au cœur de la nef avec deux parcours distincts commissariés par Devika Singh (Institut Courtauld) et Nadine Wietlisbach (Fotomuseum Winterthur).
Gauri Gill et le paysage indien contemporain
Gauri Gill, Untitled (22), from the series ‘The Village on the Highway’, 2021
Présentée par Vadehra Art Gallery (New Delhi), Gauri Gill, née en 1970 à Chandigarh, est l’une des voix majeures de la photographie documentaire indienne. Son travail explore la ruralité indienne avec une approche anthropologique qui évite l’exotisme.
« The Village on the Highway » documente les communautés vivant le long des autoroutes indiennes, ces espaces de transit devenus lieux de vie permanents. Gill photographie les abris de fortune des fermiers en lutte, les infrastructures inachevées, créant une archive visuelle des mutations territoriales de l’Inde contemporaine.
Son approche s’inscrit dans le parcours « Paysages » curé par Devika Singh, qui explore comment les photographes contemporains redéfinissent le genre paysager en y intégrant des enjeux sociaux et politiques. Face à ces images, j’ai compris que le paysage n’est jamais neutre : il porte toujours les traces de l’histoire humaine.
Felipe Romero Beltrán : géographie et identité à la frontière
Felipe Romero Beltrán, Equipo de sonido, 2025
Chez Hatch Gallery, Felipe Romero Beltrán, photographe colombien né en 1992 à Bogotá, présentait « Bravo », un récit visuel le long du fleuve qui sert de frontière entre le Mexique et les États-Unis sur 270 kilomètres.
« Equipo de sonido » (2025) illustre sa démarche : un matelas, une chaise, des enceintes deviennent protagonistes de paysages marqués par la migration. Beltrán transforme les objets abandonnés en témoins silencieux des trajectoires humaines. Formé en architecture puis en photographie, il apporte à son travail documentaire une conscience aiguë de l’espace et de sa charge symbolique.
Sa présence dans le parcours « Where we meet – Ambiguous Kinship » curé par Nadine Wietlisbach souligne comment la photographie contemporaine questionne les liens de parenté et d’appartenance au-delà des frontières biologiques ou nationales.
Torbjørn Rødland : l’ambiguïté du quotidien
Torbjørn Rødland, Home Song, 2020-25
Eva Presenhuber Gallery présentait le travail du photographe norvégien Torbjørn Rødland, né en 1970 à Stavanger. Ses mises en scène ambiguës créent un malaise fascinant, entre familiarité domestique et étrangeté surréaliste.
« Home Song » (2020-2025) s’inscrit dans cette esthétique trouble qui caractérise tout son travail. Rødland photographie des objets et des corps dans des situations qui semblent banales mais dégagent une tension inexplicable. Cette capacité à rendre l’ordinaire inquiétant fait de lui l’un des photographes les plus singuliers de sa génération.
Son inclusion dans le parcours sur la parenté prend tout son sens : ses images interrogent notre rapport à l’intime, au familier, à ce qui devrait nous rassurer mais finit par nous questionner.
IV. Le secteur Digital : l’intelligence artificielle et la blockchain redéfinissent l’image
Pour sa troisième édition, le secteur Digital, conçu par Nina Roehrs, réunissait treize galeries explorant l’intégration des réalités digitales dans la pratique photographique.
Kevin Abosch : la photographie à l’ère de la blockchain
Kevin Abosch, UPGRADE 01, 2024
Chez TAEX (Londres), Kevin Abosch, photographe irlandais né en 1969 à Dublin, présentait des œuvres qui intègrent la technologie blockchain. Connu initialement pour ses portraits (il a photographié de nombreuses célébrités), Abosch s’est tourné vers l’exploration des nouveaux supports de l’image.
« UPGRADE 01 » (2024) questionne la matérialité de la photographie à l’ère du NFT et des cryptomonnaies. En tokenisant ses images, Abosch ne fait pas qu’adopter une nouvelle technologie : il interroge la valeur, l’authenticité et la propriété de l’œuvre photographique dans un monde où la copie parfaite est devenue la norme.
J’ai longuement discuté avec les représentants de TAEX sur ce tournant du marché. Selon eux, la blockchain offre aux photographes un moyen de tracer et d’authentifier leurs images dans l’océan numérique, répondant à une anxiété réelle face à la circulation incontrôlée des fichiers.
V. Le secteur Émergence : vingt talents internationaux au balcon
Situé sur les balcons du Grand Palais, le secteur Émergence présentait vingt projets monographiques témoignant de la vitalité des scènes photographiques mondiale.
András Ladocsi : le corps et l’eau
András Ladocsi, Beach, 2023
La galerie Obsession (Paris) exposait le photographe hongrois András Ladocsi, né en 1992 à Budapest. Ancien nageur compétitif, Ladocsi garde de la discipline sportive un regard intuitif sur les mouvements corporels.
« Beach » (2023) capture des corps en bord de mer avec une intensité émotionnelle rare. Obsession, dont les collections révèlent la transcendance du nu masculin, a parfaitement choisi son artiste : Ladocsi photographie le corps non comme objet décoratif mais comme vecteur d’expression et d’émotion. Chaque image témoigne d’une recherche formelle qui emprunte autant à la danse qu’à la sculpture.
Bérangère Fromont : la jeunesse française en noir et blanc
Bérangère Fromont, République, 2024
Chez Bacqueville (Lille), Bérangère Fromont, photographe française née en 1980 à Lille, présentait des images de la jeunesse urbaine française. « République » (2024) illustre son approche : noir et blanc contrasté, intimité sans voyeurisme, capture de moments suspendus.
Fromont représente cette scène française émergente qui renoue avec les codes du documentaire humaniste tout en y apportant une sensibilité contemporaine. Ses images de jeunes place de la République à Paris témoignent d’une époque, d’une génération, sans jamais tomber dans le misérabilisme ou l’esthétisation facile.
Marleen Sleeuwits : l’installation photographique hybride
Marleen Sleeuwits, Presentation at Fotomuseum Den Haag, 2025
Galerie Bart (Amsterdam) présentait le travail de Marleen Sleeuwits, artiste néerlandaise née en 1980 à Enschede. Son approche de la photographie dépasse le cadre traditionnel pour créer des installations photographiques qui transforment l’espace d’exposition.
« Presentation at Fotomuseum Den Haag » (2025) documente l’une de ses installations où les images photographiques dialoguent avec l’architecture du musée. Sleeuwits incarne cette tendance de la photographie contemporaine à sortir du mur, à occuper l’espace tridimensionnel, brouillant les frontières entre photographie, sculpture et installation.
Veronika Pot : catastrophes et paysages
Veronika Pot, Landslide, 2023
Base-Alpha Gallery (Anvers) exposait Veronika Pot, photographe belge dont le travail explore les catastrophes naturelles et leur impact sur les paysages. « Landslide » (2023) capture un glissement de terrain avec une esthétique qui évoque autant le sublime romantique que le documentaire scientifique.
Cette image m’a particulièrement marqué : comment photographier la catastrophe sans tomber dans le spectaculaire ? Pot trouve un équilibre délicat entre beauté formelle et conscience du désastre, créant des images qui nous obligent à regarder ce que nous préférerions éviter.
VI. Le secteur Éditions : 43 maisons d’édition célèbrent le livre photo
Avec 43 maisons d’édition venues de 17 pays, le secteur Éditions confirmait l’importance du livre dans l’histoire et l’actualité du médium photographique.
Mark Power et le livre de mode
Mark Power, Fashion Photobook, 2025
GOST Books présentait « Fashion Photobook » (2025) de Mark Power, photographe britannique né en 1959 à Harpenden. Connu pour son travail documentaire sur les territoires contemporains, Power explore ici l’univers du livre de mode avec un regard décalé.
Ce livre-objet déconstruit les codes du fashion book, mêlant images de défilés, coulisses et réflexions sur l’industrie. GOST Books, maison d’édition londonnienne reconnue pour son approche expérimentale, offre à Power la liberté de questionner les formats établis.
J’ai passé une heure à feuilleter ce livre sur le stand, fasciné par la manière dont Power parvient à documenter la mode sans en adopter les codes visuels habituels. C’est toute la force du livre photo : offrir un espace de lecture différent de l’accrochage mural, un rythme narratif propre.
Sofia Coppola : l’archive photographique du cinéma
Sofia Coppola, The Virgin Suicides, 2025
MACK/SPBH EDITIONS publiait les archives photographiques du tournage de « The Virgin Suicides » par Sofia Coppola. Réalisatrice américaine née en 1971 à New York, Coppola a capturé pendant le tournage de son premier long métrage des images qui révèlent sa vision esthétique.
Ces photographies de plateau, prises par Corinne Day, offrent un regard inédit sur la genèse d’un film culte. Le livre témoigne de cette tendance éditoriale à publier les archives des cinéastes, brouillant encore les frontières entre photographie de cinéma et photographie d’auteur.
Peter Puklus et la narration photographique
Witty Books, Peter Puklus, The Hero Father, 2025, Photography
Witty Books (Turin), nouvelle participation à Paris Photo, présentait « The Hero Father » de Peter Puklus. Ce livre incarne la vitalité de l’édition photographique européenne : mise en page inventive, qualité d’impression irréprochable, narration visuelle qui refuse la linéarité.
J’ai noté que plus de 400 séances de signatures d’artistes étaient programmées pendant les quatre jours, transformant le secteur Éditions en véritable lieu de rencontre entre photographes et public. De Sophie Calle avec son « Catalogue raisonné de l’inachevé » (Actes Sud) à Wolfgang Tillmans et son déjà culte « Nothing Could Have Prepared Us » (Spector Books), la file d’attente ne désemplissait pas.
VII. The Last Photo : la collection d’Estrellita B. Brodsky
Paris Photo accueillait une présentation exceptionnelle de la Collection d’Estrellita B. Brodsky, curatrice et philanthrope new-yorkaise, fervente supportrice de la scène latino-américaine.
Rosângela Rennó : la photographie à l’ère de sa reproductibilité
Rosângela Rennó, Untitled (acrobacia) from « Insólidos Series », 2012
Artiste brésilienne née en 1962 à Belo Horizonte, Rosângela Rennó travaille à partir d’archives et de photographies trouvées. Sa série « The Last Photo » a donné son titre à l’exposition : elle invita des photographes à réaliser une ultime pellicule avant de sceller leurs objectifs avec de l’encre.
« Insólidos Series » (2012) s’inscrit dans cette réflexion sur la fin de l’ère analogique. Rennó ne photographie pas : elle collecte, archive, réorganise. Ses œuvres questionnent la mémoire collective, l’image amateur, la photographie comme trace sociale plutôt que comme création individuelle.
Face à cette image d’acrobate, extraite d’archives anonymes, j’ai repensé à la question centrale de l’exposition : qu’est-ce qu’une photographie aujourd’hui ? Que signifie fixer une image, conserver un moment, rendre quelque chose visible à l’ère où chaque smartphone produit des milliers de clichés quotidiens ?
L’exposition réunissait plus de soixante œuvres, des années 1940 à aujourd’hui, avec notamment Diane Arbus, Bernd et Hilla Becher, Paz Errázuriz, Fernell Franco, Leo Matiz, Vik Muniz, Regina José Galindo, Tania Franco Klein et Pablo López Luz.
VIII. Les images qui ont marqué l’édition 2025
Au fil de mes déambulations, certaines œuvres ont créé des moments d’arrêt, de contemplation, parfois de malaise ou d’émerveillement.
Les photographes historiques revisités
Edward Weston, Untitled (Neck), 1920s
Bruce Silverstein Gallery présentait ce tirage rare d’Edward Weston (1886-1958), pionnier américain du modernisme photographique. « Untitled (Neck) » illustre son approche : isoler un détail du corps humain pour en révéler la dimension sculpturale et abstraite.
Weston photographiait des poivrons, des coquillages, des nus avec la même rigueur formelle, transformant chaque sujet en pure forme. Ses natures mortes sont devenues des icônes de la photographie du XXᵉ siècle. Voir ce tirage vintage des années 1920, avec son cadrage serré sur une nuque, m’a rappelé combien Weston a influencé des générations entières de photographes.
Ken Ohara, with 934, 1998
Miyako Yoshinaga (New York) présentait un duo show entre Ken Ohara et Melissa Shook, deux photographes qui ont révolutionné le portrait photographique dans le New York du début des années 70. Ohara, photographe japonais né en 1942 à Tokyo, créait des portraits d’inconnus avec des temps de pose extrêmement longs.
« with 934 » (1998) montre un sujet numéroté (Ohara ne demandait pas les noms), dont le visage porte les traces de la fatigue accumulée pendant la pose. Cette tension visible, cette inscription du temps sur le visage, crée des clichés profondément hypnotiques. Face à ces portraits, j’ai compris que le portrait n’est pas une capture mais un processus, une transformation mutuelle entre photographe et modèle.
Adrian Sauer : la matérialité du pixel
Adrian Sauer, Wolke_Zufall (Truth Table), 2024
Klemm’s (Berlin) présentait une installation d’Adrian Sauer, photographe allemand né en 1976, sous le commissariat de Florian Ebner. « Truth Table » interroge la matérialité et la construction de l’image à l’ère numérique.
Sauer agrandit des images jusqu’à rendre les pixels visibles, transformant la photographie en tableau abstrait. « Wolke_Zufall » (nuage hasard) révèle la structure mathématique sous-jacente à toute image numérique. C’est une réflexion sur la vérité de l’image : que voyons-nous vraiment quand nous regardons une photographie ? Des nuages ou des algorithmes ?
Cette installation monumentale dans le secteur Prismes offrait un contrepoint conceptuel aux approches plus traditionnelles présentes dans la foire. Elle m’a obligé à repenser ma propre relation aux images que je consomme quotidiennement.
Les nouveaux regards émergents
Justine Kurland, Two Mac Apples and Garlic Clove, 2025
Higher Pictures (New York) présentait le travail de Justine Kurland, photographe américaine née en 1969, connue pour ses « fictions américaines » mettant en scène la jeunesse. « Two Mac Apples and Garlic Clove » (2025) appartient à une série plus récente, plus intimiste, où Kurland explore la nature morte avec la même intensité narrative qu’elle apportait à ses paysages habités.
Tyler Mitchell, New Horizons II, 2022
Gagosian présentait Tyler Mitchell aux côtés d’Atelier EXB. Photographe américain né en 1995 à Atlanta, Mitchell est devenu en 2018 le premier photographe noir à shooter une couverture de Vogue américain (Beyoncé). Son travail explore l’identité noire avec une esthétique couleur qui refuse le trauma pour célébrer la beauté, la joie, l’aspiration.
« New Horizons II » (2022) montre des jeunes noirs dans des paysages idylliques, renversant les codes de représentation habituels. Mitchell crée des images utopiques, des mondes possibles où la noirceur n’est pas définie par la souffrance mais par la plénitude. Sa présence à Paris Photo, avec une exposition simultanée à la MEP (« Wish This Was Real »), confirme son statut de figure majeure de la photographie contemporaine.
Les séries insolites et expérimentales
Lewis Baltz, New Industrial Park, Element 27, 1974
Gallery Luisotti présentait Lewis Baltz (1945-2014), figure majeure de la New Topographics américaine. « New Industrial Park, Element 27 » (1974) capture avec une précision clinique les zones industrielles californiennes.
Baltz photographiait les parkings, les entrepôts, les murs aveugles avec la même neutralité qu’August Sander photographiait les types sociaux allemands. Son minimalisme radical a influencé toute une génération d’artistes questionnant le paysage américain post-industriel. Face à ces images, apparemment banales mais d’une composition impeccable, j’ai ressenti ce que le critique d’art Lewis Baltz lui-même écrivait : « L’idéal serait que l’image soit si vide de sens que le spectateur soit forcé d’y projeter le sien. »
Paul Kooiker, Untitled (egg), 2024
tegenboschvanvreden (Amsterdam) présentait en solo show Paul Kooiker, photographe néerlandais né en 1964 à Rotterdam. Son travail sur le corps, souvent fragmenté et surréaliste, défie les codes de la photographie de mode dont il est issu.
« Untitled (egg) » (2024) montre un œuf dans un contexte inattendu, typique de l’approche de Kooiker : transformer le banal en étrange, créer un malaise visuel qui force à regarder autrement. Sa maîtrise technique impeccable au service d’une vision profondément décalée en fait l’un des photographes de mode expérimentaux les plus intéressants de sa génération.
Penny Slinger, Orgasm, 1969
Richard Saltoun Gallery (Londres) présentait Penny Slinger, artiste britannique née en 1947, pionnière du surréalisme féministe. « Orgasm » (1969) appartient à une série où Slinger utilise le collage et la mise en scène pour explorer la sexualité féminine et le corps.
Dans le contexte de 1969, ces images étaient radicales. Aujourd’hui encore, elles conservent leur puissance de provocation et de libération. Slinger a ouvert des voies que des artistes comme Cindy Sherman ou Claude Cahun avaient défrichées, créant un vocabulaire visuel pour exprimer l’expérience féminine du désir.
IX. Elles × Paris Photo : 39 % de femmes artistes, un progrès historique
Sous la direction de Devrim Bayar, curatrice en chef du futur musée KANAL – Centre Pompidou à Bruxelles, le parcours Elles × Paris Photo mettait en lumière le travail de femmes photographes.
Depuis 2018, ce programme a fait progresser la représentation des artistes femmes sur la foire de 20 % à 39 %, une avancée significative soutenue par le Ministère de la Culture français.
Le parcours 2025 explorait les relations entre la figure (souvent féminine) et le décor, questionnant la place du regard. Parmi les 60 artistes femmes présentes, plusieurs m’ont particulièrement marqué.
Sabiha Çimen, A female bather having a nap on the hot marble of Cağaloğlu Hamam, 2020
Présentée par LOOCK (Berlin), Sabiha Çimen, photographe turque née en 1990 à Istanbul, documente les hammams traditionnels et la vie des femmes dans ces espaces interdits aux hommes.
« A female bather having a nap » (2020) capture un moment de repos dans le marbre chaud du Cağaloğlu Hamam d’Istanbul. Cette image témoigne d’une intimité que seule une femme photographe peut documenter : l’espace du hammam comme lieu de sororité, de repos, de transmission entre générations.
Le travail de Çimen s’inscrit dans une longue tradition de femmes photographes documentant d’autres femmes, de Diane Arbus à Nan Goldin, mais avec une spécificité culturelle turque qui enrichit notre compréhension.
Claudia Andújar : cinquante ans de lutte pour les Yanomami
Claudia Andújar, Sem título – da série Rua Direita, 1970
Vermelho (São Paulo) présentait Claudia Andújar en solo show. Née en 1931 à Neuchâtel en Suisse, naturalisée brésilienne, Andújar consacre sa vie à documenter et défendre le peuple Yanomami d’Amazonie.
« Sem título – da série Rua Direita » (1970) appartient à ses premières séries documentaires sur le Brésil urbain, avant qu’elle ne s’engage totalement dans la défense des peuples indigènes. Son approche photographique mêle documentaire social et expérimentation esthétique : flous, surexpositions, images oniriques qui transcendent le simple reportage.
Andújar a vécu au cœur de la forêt amazonienne, a appris la langue yanomami, est devenue leur avocate. Ses photographies ne sont pas des images ethnographiques distantes mais des témoignages d’une immersion totale. En 2025, alors que l’Amazonie brûle et que les peuples indigènes sont menacés, son travail prend une résonance politique brûlante.
Face à ses images, j’ai compris que la photographie peut être un acte de résistance, un outil de préservation de la mémoire collective d’un peuple menacé de disparition.
X. Le parcours photographique parisien : au-delà du Grand Palais
L’énergie de Paris Photo débordait largement du Grand Palais. Pendant la semaine, plus de quarante institutions parisiennes proposaient des expositions photographiques, transformant la capitale en véritable musée à ciel ouvert de l’image.
À la Maison Européenne de la Photographie, l’exposition « Wish This Was Real » consacrée à Tyler Mitchell offrait un panorama de dix ans de travail. Au BAL, « We Others » réunissait Donna Gottschalk, Carla Williams et l’écrivaine Hélène Giannecchini dans une réflexion sur l’altérité et la représentation.
Le festival PhotoSaintGermain proposait un parcours gratuit d’expositions dans le quartier Saint-Germain-des-Prés. J’ai particulièrement apprécié cette démocratisation de l’accès à la photographie : pas besoin d’acheter un billet à 35 euros pour découvrir des œuvres majeures, les vitrines et galeries du quartier offraient une programmation de qualité.
Cette multiplication des lieux d’exposition témoigne de la vitalité exceptionnelle de la scène photographique parisienne. Paris n’est pas seulement la capitale de la mode ou de la gastronomie : c’est aussi, l’espace d’une semaine en novembre, la capitale mondiale de la photographie.
XI. Les photographes iconiques qui ont traversé les décennies
Certains stands présentaient des œuvres qui ont façonné l’histoire de la photographie, des tirages vintage devenus aujourd’hui inaccessibles pour la plupart des collectionneurs.
Guy Tillim : l’Afrique post-coloniale
Guy Tillim, Quelimane, 2007/2025
Stevenson (Le Cap, Johannesburg, Amsterdam) présentait Guy Tillim, photographe sud-africain né en 1962 à Johannesburg. Son travail documente les paysages urbains africains post-coloniaux avec une sensibilité qui évite à la fois l’exotisme et le misérabilisme.
« Quelimane » (2007/2025) montre une ville mozambicaine marquée par l’héritage colonial portugais. L’architecture délabrée, les rues vides, témoignent d’une histoire complexe de domination et d’abandon. Tillim photographie l’Afrique contemporaine non comme un continent homogène mais comme une mosaïque de situations, d’histoires, de devenirs possibles.
Ce qui m’a frappé dans son travail, c’est la patience du regard. Tillim ne cherche pas l’instant décisif à la Cartier-Bresson : il construit des images architecturales, presque vides de présence humaine, où le temps semble suspendu. Ces villes africaines deviennent sous son objectif des espaces de méditation sur l’histoire, la mémoire, le passage du temps.
Peter Hujar : le New York underground immortalisé
Peter Hujar, Richard – Shoes, 1981
Fraenkel Gallery (San Francisco) présentait Peter Hujar (1934-1987), photographe américain dont le travail documente le New York underground des années 1970-80. « Richard – Shoes » (1981) montre des chaussures avec l’intensité qu’Hujar apportait à tous ses sujets, qu’il s’agisse de portraits ou de natures mortes.
Hujar photographiait ses amis artistes, drag queens, intellectuels avec une tendresse et une rigueur formelle qui rappellent August Sander. Mort du SIDA en 1987, il a laissé une archive irremplaçable d’une communauté et d’une époque. Ses portraits de David Wojnarowicz, Susan Sontag, ou de performers inconnus sont devenus des icônes de la culture queer américaine.
Face à cette image de chaussures, apparemment anodine, j’ai pensé à la manière dont Hujar transformait chaque objet, chaque personne en présence monumentale. Il y a dans ses photographies une dignité, un respect qui transcende le simple documentaire pour atteindre quelque chose de l’ordre du sacré.
XII. Les galeries japonaises : une présence massive et diverse
Avec neuf galeries et quatre éditeurs, la scène japonaise marquait fortement Paris Photo 2025. Cette présence témoigne de la vitalité exceptionnelle de la photographie japonaise, de Daidō Moriyama à la jeune génération contemporaine.
Henry Roy, Impossible Island, 2025
Loose Joints présentait Henry Roy, photographe haïtien-français né en 1963 à Port-au-Prince. « Impossible Island » (2025) explore les paysages mentaux et la mémoire créole avec une approche poétique qui mêle documentaire et introspection.
Roy incarne cette photographie diasporique qui navigue entre plusieurs cultures, plusieurs géographies, créant des images qui questionnent l’identité, l’appartenance, la possibilité même du retour. Son titre « Impossible Island » résonne comme une métaphore de l’expérience migratoire : l’île d’origine devient une construction mentale, un fantasme, un territoire impossible à rejoindre vraiment.
XIII. Les tendances du marché photographique en 2025
Au fil de mes conversations avec galeristes et collectionneurs, plusieurs tendances se sont dégagées concernant le marché de la photographie en 2025.
La légitimation des tirages posthumes
Selon un article du Monde publié le 15 novembre 2025, les tirages posthumes (œuvres imprimées après le décès de l’artiste) gagnent en légitimité. Des photographes comme Seydou Keïta, Fred Herzog ou Vivian Maier voient leurs archives réimprimées et vendues à des prix élevés.
Cette évolution soulève des questions éthiques et esthétiques : un tirage réalisé cinquante ans après la prise de vue, avec des techniques d’impression que le photographe n’a jamais utilisées, a-t-il la même valeur qu’un tirage vintage ? Les collectionneurs semblent aujourd’hui accepter cette pratique, reconnaissant que l’important est l’image elle-même, pas nécessairement sa matérialité d’époque.
La montée en puissance des photographes non-occidentaux
Paris Photo 2025 marquait une ouverture significative aux scènes photographiques indienne, moyen-orientale et polonaise. Les premières participations des galeries Vadehra Art (New Delhi), Ayyam (Dubaï), Hafez (Jeddah) et Raster (Varsovie) témoignent d’une volonté de diversifier les regards et les récits.
Cette internationalisation ne relève pas du simple marketing : elle répond à une demande réelle des collectionneurs et institutions pour des voix photographiques qui racontent d’autres histoires, d’autres manières de voir le monde. La domination historique de la photographie américaine et européenne s’estompe progressivement.
Le livre photo comme valeur refuge
Avec 43 maisons d’édition et plus de 400 séances de signatures, le secteur Éditions confirmait la vitalité du livre photographique. À l’ère du tout-numérique, le livre physique résiste, offrant une expérience de lecture irremplaçable.
Les collectionneurs investissent de plus en plus dans les livres en édition limitée, signés et numérotés. Certains titres deviennent rapidement introuvables et voient leur cote exploser sur le marché secondaire. Le livre photo n’est plus un simple support de diffusion : c’est devenu une œuvre d’art à part entière.
XIV. Conseils pratiques : comment acheter sa première photographie d’art
Après quatre jours d’immersion totale, j’ai recueilli les conseils de plusieurs galeristes pour guider les primo-accédants au marché de la photographie.
Étape 1 : Définir son budget et ses goûts
Ne commencez jamais par le prix, commencez par le coup de cœur. Parcourez les galeries, notez les artistes qui vous touchent, sans regarder les étiquettes. Une fois vos coups de cœur identifiés, renseignez-vous sur les prix.
Pour une première acquisition, un budget de 1 000 à 5 000 euros permet d’accéder à des tirages d’artistes émergents ou de photographes historiques en édition plus large. Au-delà de 10 000 euros, vous entrez dans le marché des tirages vintage ou des éditions très limitées.
Étape 2 : Comprendre les notions d’édition et de tirage
Une photographie n’est pas unique comme une peinture. Elle existe en plusieurs exemplaires, ce qu’on appelle l’édition. Un tirage « édition 3/10 » signifie que dix exemplaires existent, et que vous achetez le troisième.
Plus l’édition est limitée, plus la valeur est élevée. Les tirages vintage (imprimés à l’époque de la prise de vue par le photographe lui-même) sont les plus recherchés. Les tirages posthumes ou modernes sont moins chers mais permettent d’accéder à des images iconiques.
Étape 3 : Vérifier l’authenticité et la provenance
Exigez toujours un certificat d’authenticité signé par la galerie ou la succession du photographe. Ce document doit mentionner : le titre de l’œuvre, l’année de prise de vue, l’année du tirage, le numéro d’édition, la technique d’impression, les dimensions, la signature.
Renseignez-vous sur la galerie : est-elle reconnue ? Représente-t-elle officiellement l’artiste ? Depuis combien de temps existe-t-elle ? Une galerie établie est un gage de sérieux et facilitera la revente éventuelle.
Étape 4 : Penser à la conservation
La photographie est un médium fragile. Évitez l’exposition directe au soleil, l’humidité, les variations de température. Encadrez avec un verre anti-UV. Si vous avez un budget serré, privilégiez d’abord l’achat de l’œuvre : vous pourrez toujours l’encadrer plus tard.
Certains collectionneurs louent des coffres climatisés pour stocker leurs tirages les plus précieux. Pour des tirages de valeur modeste, un rangement à plat dans une boîte à pH neutre suffit.
Étape 5 : Construire une collection cohérente
Ne cédez pas à la dispersion. Mieux vaut trois photographies d’un même artiste ou d’une même période qu’une collection disparate. Définissez un fil rouge : une thématique (le portrait, le paysage, la rue), une période (années 1970, photographie contemporaine), une géographie (photographie japonaise, scène française).
Cette cohérence donnera de la valeur à votre collection dans son ensemble et facilitera les prêts éventuels à des institutions.
XV. Les secrets d’achat des initiés
Lors d’un dîner avec un collectionneur parisien qui souhaite rester anonyme, j’ai recueilli plusieurs astuces que les galeristes ne vous donneront jamais spontanément.
Négocier le prix : oui, c’est possible
Contrairement aux idées reçues, les prix affichés dans les galeries ne sont pas gravés dans le marbre. Une négociation de 10 à 15 % est souvent possible, surtout si vous achetez plusieurs œuvres ou si vous êtes un collectionneur régulier.
Le meilleur moment pour négocier ? Les dernières heures du dernier jour de la foire. Les galeristes préfèrent vendre avec une marge réduite plutôt que de remballer et renvoyer les œuvres.
Les éditions d’artiste et épreuves d’artiste
Au-delà de l’édition numérotée (par exemple 1/10 à 10/10), il existe souvent des « épreuves d’artiste » (EA ou AP pour Artist Proof) et des exemplaires hors commerce (HC). Ces tirages supplémentaires, destinés initialement à l’artiste, se retrouvent parfois sur le marché à des prix légèrement inférieurs tout en ayant exactement la même qualité.
Les achats groupés avec d’autres collectionneurs
Certains collectionneurs s’associent pour acheter des œuvres en copropriété, partageant ainsi les coûts et les risques. Cette pratique, courante dans l’art contemporain, se développe dans la photographie. Elle permet d’accéder à des pièces plus chères tout en mutualisant l’investissement.
Suivre les ventes aux enchères
Les maisons de ventes comme Christie’s, Sotheby’s ou Artcurial organisent régulièrement des ventes dédiées à la photographie. C’est l’occasion d’acquérir des œuvres souvent moins chères qu’en galerie, mais attention : pas de garantie de rachat, et les frais d’acheteur peuvent grimper jusqu’à 25 % du prix marteau.
XVI. Les évolutions et tendances pour 2026
En discutant avec les directrices de Paris Photo, Florence Bourgeois et Anna Planas, plusieurs pistes se dessinent pour l’avenir de la foire et du médium photographique.
L’intelligence artificielle : menace ou opportunité ?
Le secteur Digital consacré aux pratiques incluant l’IA était encore modeste en 2025 (treize galeries). Mais selon Nina Roehrs, sa commissaire, l’intégration de l’intelligence artificielle dans la création photographique va exploser dans les prochaines années.
La question n’est plus de savoir si l’IA va transformer la photographie, mais comment les photographes vont s’approprier ces outils pour créer de nouvelles formes d’images. Les débats éthiques sur l’authenticité, l’authorship et la valeur de l’image générée par machine sont loin d’être résolus.
La photographie comme pratique sociale
Nadine Wietlisbach, dans son texte pour le parcours Voices, écrivait : « La photographie est une lumière et la lumière chasse l’obscurité. Elle éclaire et informe. » Cette vision de la photographie comme pratique sociale, inscrite dans des conditions matérielles et des structures idéologiques, gagne du terrain.
De plus en plus d’artistes utilisent la photographie non comme simple medium esthétique mais comme outil d’activisme, de documentation, de préservation de mémoires menacées. Cette photographie engagée, de Zanele Muholi à Claudia Andújar, redéfinit les frontières entre art et documentaire.
Le retour aux procédés anciens
Paradoxalement, alors que le numérique domine, on observe un regain d’intérêt pour les techniques argentiques et les procédés alternatifs. De nombreux jeunes photographes présents dans le secteur Émergence travaillent en argentique, chambre grand format, tirages platine-palladium.
Ce retour au slow photography, à la prise de vue réfléchie, s’oppose à l’inflation d’images produites par nos smartphones. C’est une forme de résistance, une manière de redonner de la valeur, du temps, de la matérialité à l’acte photographique.
XVII. Conclusion : mon top personnel et le conseil clé
Après quatre jours intenses, plus de mille photographies vues, des dizaines de conversations, quel bilan tirer de Paris Photo 2025 ?
Mon top 3 des découvertes
1. Sophie Ristelhueber : son installation monumentale restera pour moi l’image symbole de cette édition. Une artiste qui, à 76 ans, continue d’interroger notre rapport à l’histoire, à la mémoire, aux territoires blessés. Son Hasselblad Award est amplement mérité.
2. Felipe Romero Beltrán : ce jeune photographe colombien incarne la nouvelle génération qui réinvente le documentaire. Son travail sur la frontière américano-mexicaine dépasse le simple constat pour créer une géographie poétique de la migration.
3. Claudia Andújar : cinquante ans de lutte photographique pour les Yanomami. Un travail qui prouve que la photographie peut être un acte politique, un outil de résistance, une arme de préservation de la mémoire collective.
Le conseil clé que je retiens
Si je devais résumer en un conseil ce que j’ai appris pendant ces quatre jours, ce serait celui-ci : la photographie n’est pas un miroir neutre du monde, c’est une construction, un langage, une manière de fabriquer du sens.
Qu’il s’agisse de Sophie Ristelhueber photographiant les traces de guerre, de Tyler Mitchell créant des utopies noires, ou d’Adrian Sauer révélant la structure pixellisée de l’image numérique, tous ces artistes nous rappellent que regarder une photographie, c’est toujours interpréter, projeter nos propres désirs, nos manques, nos savoirs.
À l’heure où l’intelligence artificielle peut générer des images photoréalistes en quelques secondes, où nos smartphones produisent des milliers de clichés quotidiens, Paris Photo 2025 nous a rappelé que la photographie reste un art du regard, de la patience, de la construction du sens.
Rendez-vous en novembre 2026 pour la 29ᵉ édition. D’ici là, regardez différemment les images qui vous entourent : elles racontent toujours plus que ce qu’elles montrent.
FAQ : Les 8 questions que vous vous posez sur Paris Photo
1. Quel est le meilleur moment pour visiter Paris Photo ?
Le vernissage (mercredi soir) est réservé aux VIP et professionnels. Le jeudi est idéal pour les collectionneurs sérieux : les galeries sont disponibles, les œuvres encore toutes présentes. Le week-end est plus chargé mais offre une atmosphère festive. Le dimanche après-midi, dernières heures, permet parfois de négocier des prix.
2. Combien coûte l’entrée et quels sont les différents pass ?
Billet semaine : 35 € Billet week-end : 40 € Billet evening (après 17h) : 26 € Billet étudiant : 26 € Gratuit pour les moins de 12 ans Pass professionnel (5 jours illimité) : 195 € Pass premium (5 jours illimité) : 245 €
3. Peut-on acheter des photographies sans être collectionneur établi ?
Absolument. Les galeries accueillent tous les profils, du primo-accédant au grand collectionneur. N’hésitez pas à poser des questions, demander des informations sur l’artiste, l’édition, la conservation. Les galeristes sont là pour transmettre leur passion. Des œuvres d’artistes émergents sont accessibles dès 800-1 000 €.
4. Comment savoir si une photographie est un bon investissement ?
Oubliez d’abord la logique d’investissement : achetez ce qui vous touche. Cela dit, certains critères augmentent les chances de valorisation : artiste représenté par une galerie reconnue, présence dans des collections publiques, édition limitée, tirages vintage, cohérence de la démarche artistique. Privilégiez les artistes de mid-career (10-20 ans de carrière) plutôt que les jeunes émergents ou les stars hors de prix.
5. Quelle différence entre un tirage vintage et un tirage moderne ?
Un tirage vintage est imprimé à l’époque de la prise de vue, souvent par le photographe lui-même. Un tirage moderne est imprimé plus tard, parfois des décennies après. Les vintages sont plus rares et chers, mais les tirages modernes peuvent avoir une qualité technique supérieure grâce aux progrès de l’impression. Pour des photographes décédés, les tirages modernes ou posthumes permettent d’accéder à des images iconiques à des prix raisonnables.
6. Comment conserver une photographie chez soi ?
Évitez l’exposition directe au soleil, l’humidité (pas de salle de bain), les variations de température. Encadrez avec un verre anti-UV et un passe-partout sans acide. Pour les tirages non encadrés, stockez-les à plat dans des boîtes à pH neutre, jamais roulés. Une œuvre bien conservée garde sa valeur, une œuvre abîmée la perd rapidement.
7. Paris Photo est-il réservé aux photographes argentiques ou le numérique est-il représenté ?
Les deux coexistent. Le secteur Digital (treize galeries en 2025) explore les pratiques incluant IA, blockchain et technologies numériques. De nombreux photographes contemporains travaillent en numérique avec des tirages jet d’encre de qualité muséale. Le débat argentique vs numérique appartient au passé : ce qui compte, c’est la qualité du regard et de l’intention artistique.
8. Que faire pendant la semaine Paris Photo au-delà du Grand Palais ?
Plus de quarante institutions parisiennes proposent des expositions photographiques : MEP, BAL, Jeu de Paume, Fondation Henri Cartier-Bresson, Centre Pompidou, Musée d’Orsay. Le festival PhotoSaintGermain offre un parcours gratuit dans le quartier. Les galeries organisent des vernissages privés. Paris devient littéralement la capitale mondiale de la photographie pendant une semaine.
Conclusion
Avec 222 exposants venus de 33 pays, 179 galeries et 43 éditeurs, Paris Photo 2025 s’imposait comme le rendez-vous incontournable du marché international de la photographie. Pour réaliser ce grand reportage, j’ai passé quatre jours complets dans les allées du Grand Palais, analysé plus de 1 385 artistes présents, consulté des conservateurs de musées, interrogé des galeristes et recueilli les témoignages de collectionneurs. Mon objectif : comprendre les tendances qui façonnent le regard photographique contemporain et vous offrir un guide complet pour naviguer dans cet univers fascinant.
Sources
- Dossier de presse officiel Paris Photo 2025, Grand Palais, novembre 2025
- Le Monde, « Sophie Ristelhueber’s coronation at Paris Photo », 14 novembre 2025
- Le Monde, « At Paris Photo, posthumous prints come back to life », 15 novembre 2025
- El País, « Paris Photo: heridas, tensiones y nuevas miradas en una feria en constante reinvención », 14 novembre 2025
- Dazed Digital, « The standout images from Paris Photo 2025 », 14 novembre 2025
- Wallpaper*, « Paris Photo 2025 highlights – there’s much to covet », novembre 2025
- Site officiel Paris Photo : www.parisphoto.com
- Hasselblad Foundation, communiqué de presse Hasselblad Award 2025
- Entretiens menés sur place avec galeristes, conservateurs et collectionneurs, 13-16 novembre 2025
Pour les nostalgique, j’ai gardé mon article de 2024. Quand il n’y en a plus, il y en a encore.
Paris Photo 2024 : le Grand Palais accueille la photographie mondiale
( publié le 2 novembre 2024 11 h 24)

En 2024, Paris Photo fera son grand retour au Grand Palais avec la participation de 240 exposants issus de 34 pays. Pour sa 27ème édition, le secteur Principal réunit 147 galeries, dont 24 nouvelles sur la scène internationale. Au cœur de la nef, les projets Prismes mettront en lumière des formats larges, des séries photographiques, des installations vidéo et des sculptures. Pour célébrer le centenaire du surréalisme, le réalisateur et scénariste américain Jim Jarmusch a été invité à créer un parcours thématique et à participer à un débat dans le cadre du programme d’événements publics de la foire.
Une nouvelle section commissariée, Voices, présente des projets axés sur l’archive et la scène latino-américaine, ainsi que sur l’Europe de l’Est et du Nord après la Guerre Froide, sous la direction de trois grands commissaires : Sonia Voss, Elena Navarro et Azu Nwagbogu. La section Émergence, sous la direction d’Anna Planas, se concentre sur la scène contemporaine avec 23 expositions monographiques.
En 2023, Paris Photo est devenue la première foire d’art en Europe à créer une section Numérique. Cette année, la commissaire Nina Roehrs a enrichi cette section de 15 projets explorant les limites de l’image. La section Éditions avec ses 45 exposants témoigne du rôle central joué par le livre dans l’histoire de la photographie. Cette année, la section célèbre le retour des livres historiques avec 3 vendeurs spécialisés.
L’exposition Elles × Paris Photo, qui met en valeur le travail des femmes photographes, est commissariée par Raphaëlle Stopin, directrice du Centre Photographique Rouen Normandie et ancienne directrice artistique du Festival de Hyères. Elles × Paris Photo a été conçu en partenariat avec le ministère de la Culture et avec le soutien du programme Women in Motion de Kering, et met en avant les femmes dans les arts et la culture. Depuis 2018, Elles × Paris Photo a contribué à augmenter la proportion d’artistes femmes dans la foire de 20 % à 38 %. Cette année, pour la première fois, et avec le soutien de Kering, le programme apporte un soutien financier à quatre galeries qui organisent des expositions de photographes femmes.
Le retour au Grand Palais offre également l’occasion de présenter un ensemble d’œuvres de photographes lituaniens des collections de la Bibliothèque Nationale de France, du Centre Pompidou et de l’Association des Photographes Lithuaniens. Cette scène, méconnue du grand public, peut être découverte dans le Salon d’Honneur.
Nouveauté cette année, Paris Photo propose un espace éducatif interactif dédié aux livres de photographie pour enfants, co-produit par l’Institut pour la Photographie et Photo Elysée, avec une exposition intitulée L is for Look, qui explore l’évolution de ce genre depuis les années 1930. Un événement idéal pour initier les jeunes à la photographie.
La foire d’une semaine continuera d’être enrichie de conversations, du Prix du Livre et de plus de 400 séances de dédicaces d’artistes. Enfin, À Paris Pendant Paris Photo offre une vue d’ensemble de toutes les expositions et événements se déroulant tout au long de la semaine, révélant la scène culturelle et l’héritage photographique de la ville.
MOTS DE JIM JARMUSCH
« Adolescent inquiet, le surréalisme a été pour moi une révélation, d’abord dans ses formes visuelles puis littéraires. Dans ma vingtaine, il m’a attiré à Paris, où j’ai plusieurs fois utilisé le NADJA de Breton comme une sorte de carte pour me promener dans les mystérieuses rues nocturnes de la ville. Cette année, Paris Photo célèbre en partie le centenaire de cette perturbation artistique défiante et joyeuse.
Les sélections de mon exposition personnelle, bien que non purement surréalistes, reflètent ses principes de transformation de l’ordinaire en onirique, et parfois l’inverse. Je suis aussi très fier d’avoir partiellement initié les restaurations des films surréalistes frappants de Man Ray datant des années 1920 en ayant créé, avec Carter Logan et notre groupe SQÜRL, de nouvelles bandes-son post-rock pour les accompagner. »
Sa participation s’annonce d’autant plus attractive qu’il engagera également une conversation ouverte au public. Cette initiative offre une occasion unique de plonger dans l’univers artistique de Jarmusch, connu pour sa capacité à transgresser les frontières entre les différents arts. La projection en avant-première de « Return to Reason », composée de quatre films de Man Ray récemment restaurés, accompagnée d’une musique originale de Jim Jarmusch et son groupe SQÜRL, promet d’être un moment phare de cette édition.
Programme de Paris Photo 2024

Cette année, l’exposition Elles × Paris Photo met à l’honneur le travail des femmes photographes sous la direction de Raphaëlle Stopin, actuelle directrice du Centre Photographique Rouen Normandie et ancienne directrice du Festival de Hyères. Une initiative soutenue par le Ministère de la Culture et le programme Women in Motion de Kering, visant à promouvoir la place des femmes dans le monde des arts et de la culture. Depuis 2018, Elle × Paris Photo a significativement contribué à l’augmentation de la représentation féminine à la foire, passant de 20% à 38%. Cette année marque une première, avec le soutien de Kering, en permettant à quatre galeries d’organiser des expositions individuelles et collectives dédiées aux femmes photographes. Ceci reflète un effort conscient pour reconnaître et célébrer les contributions des femmes dans le domaine de la photographie.
Le commissariat de l’exposition de cette année, effectué par Raphaëlle Stopin, s’est concentré sur deux axes thématiques principaux. D’une part, l’histoire et, plus précisément, ce que Michelle Perrot décrit comme les « silences liés de l’histoire » concernant les femmes et la mémoire inégalement partagée entre les sexes. Un accent particulier a été mis sur les photographes actives durant l’après-guerre et lors des décennies suivantes, sans pour autant négliger les générations antérieures. D’autre part, l’exposition met en lumière la pluralité des parcours empruntés par ces artistes féminines, souvent contraintes par les normes imposées sur leur genre, elles ont cherché à créer des images différentes de leurs corps et de leurs conditions. Cette sélection cherche à montrer que dès le départ, les femmes ont utilisé la photographie comme un outil d’exploration et d’expérimentation artistique, démontrant ainsi un engagement profond pour leur art.
L’importante présence d’artistes de moins de 40 ans (35%) dans l’exposition souligne la vitalité et la diversité de ce champ, qui ne saurait être réduit à une question de genre. Comme l’écrivaine libanaise Hanan El-Cheikh l’a récemment exprimé : « Je veux pouvoir écrire sur les hommes, les femmes, les fourmis, tout ce que je veux. » L’artiste visuelle féminine devrait aspirer à la même liberté. En fin de compte, l’enjeu est de reconnaître ces femmes simplement en tant qu’artistes, sans les confiner à des catégories restrictives. Cette exposition Elles × Paris Photo ouvre des portes importantes pour la reconnaissance et la valorisation des femmes photographes, questionnant les normes et célébrant la diversité et la richesse de leurs créations.
Liste des Galeries:

1 Mira Madrid, Madrid
193 Gallery, Paris
ADN, Barcelona
Afronova, Johannesburg
Alarcon Criado, Seville
Alberto Damian, Treviso
Alexandra De Viveiros, Paris
Almanaque, Mexico*
Alta, Anyós*
Anca Poterasu, Bucarest
Anita Beckers, Frankfurt am Main
Anne-Laure Buffard, Paris
Annie Gentils, Antwerp
Archiraar, Brussels
Archivos Pérez & Calle, Bogota*
Artemis, Lisbon*
Atlas, London
Augusta Edwards, London
Bacqueville, Lille
Bank, Shanghai*
Bart, Amsterdam*
Baudoin Lebon & Galerie P,
Paris / Oostende*
Bendana Pinel, Paris
Bene Taschen, Cologne
Bigaignon, Paris
Bildhalle, Zurich
Binome, Paris
Bruce Silverstein, New York
Camara Oscura, Madrid*
Camera Obscura, Paris
Carlier Gebauer, Berlin
Carlos Carvalho, Lisbon
Carole Kvasnevski, Paris*
Caroline O’Breen, Amsterdam
Casemore, San Francisco
Catharine Clark, San Francisco
Charles Isaacs & Gregory
Leroy, New York, Paris
Christian Berst Art Brut, Paris
Christophe Gaillard, Paris
Christophe Guye, Zurich
CLAIRbyKahn, Zurich
Clémentine de la Féronnière, Paris
Cob, London*
Daniel Blau, Munich
Die Mauer, Prato
Dilecta, Paris*
Dolby Chadwick,
San Francisco*
Droste, Düsseldorf, Paris, Berlin*
Each Modern, Taipei*
Echo 119, Paris
Edwynn Houk, New York
Einspach & Czapolai Fine Art, Budapest
ELLEPHANT & Charlot, Montréal/Paris
England & Co, London
Equinox, Vancouver
Eric Dupont, Paris
Esther Woerdehoff, Paris
Fabienne Levy, Lausanne*
Fifty One, Antwerp
Flat // Land, Amsterdam
Flowers, London
Fotograf Contemporary, Prague*
Fraenkel, San Francisco fxhash*
Gagosian, Paris
Galerie C, Paris
Galerie S., Paris*
Georges-Philippe et Nathalie Vallois, Paris
Gilles Peyroulet & Cie, Paris
Hangar, Bruxelles*
Hans P. Kraus Jr. Inc., New York
Higher Pictures, New York*
Hors-Cadre, Paris*
Howard Greenberg, New-York
Huxley-Parlour, London
Ibasho, Antwerp
In Camera, Paris
In Situ – Fabienne Leclerc, Romainville
In-Dependance by Ibasho, Antwerp*
Intervalle, Paris
Jackson, Atlanta
Jean-Kenta Gauthier, Paris
Jecza, Timisoara
Jednostka, Warsaw*
Jenkins Johnson, San Francisco
Jörg Brockmann, Carouge
Juan Silió, Madrid*
Judith Andreae, Bonn
Julian Sander, Cologne
Julie Caredda, Paris*
Karsten Greve, Paris
Kaunas Photography, Kaunas Klemm’s, Berlin
Kuckei + Kuckei, Berlin
L’Avant Galerie Vossen, Paris
La Cometa, Bogota*
La Galerie Rouge, Paris
La Patinoire Royale Bach, Brussels
LaCollection, Paris
Large Glass, London
Les Douches, Paris
Les Filles Du Calvaire, Paris
Loft Art, Casablanca
Longtermhandstand, Budapest*
Loock, Berlin
Louise Alexander / Fellowship, Porto Cervo
Luis Adelantado, Valencia
Luisotti, Santa Monica
Lumière Des Roses, Montreuil
Lunn & Boogie Woogie Photography, Paris / Hong Kong*
M77, Milan
M97, Shanghai
Madé Van Krimpen,
Amsterdam*
Madé, Paris
Magnin-A, Paris
Magnum, Paris
Mariane Ibrahim, Chicago
Martch Art Project, Istanbul
Martini & Ronchetti, Genoa*
Matèria, Rome*
Maubert, Paris
MEM, Tokyo
Memoria, Madrid*
Michael Hoppen, London
Miyako Yoshinaga, New-York
Momentum, Miami
Monitor, Rome*
Monopol, Warsaw*
Montrasio Arte, Milan
Nadja Vilenne, Liège*
Nathalie Obadia, Paris
Ncontemporay, Milan
Nguyen Wahed, London
objkt.one, Zurich*
Office Impart, Berlin
Olivier Waltman, Paris
Pace, New York
Paci, Brescia
Paris-B, Paris
Parrotta, Cologne
Persons Projects, Berlin
PGI & The Third Gallery Aya, Tokyo/Osaka*
Photo Discovery / Bruno Tartarin, Paris*
Podbielski, Milan
Poetic Scape, Tokyo*
Polka, Paris
Rabouan Moussion, Paris
Raster, Warsaw*
RGR, Mexico*
Robert Morat, Berlin
Rociosantacruz, Barcelona
Rocket, London*
Rolf Art, Buenos Aires
ROOF-A, Rotterdam*
Roslyn Oxley9, Sydney*
Ruttkowski : 68, Cologne
Salon H, Paris*
Schierke Seinecke, Frankfurt*
Sit Down, Paris
Sophie Scheidecker, Paris
Spot, Naples*
Staley-Wise, New York
Stephen Daiter, Chicago
Stevenson, Cape Town
Stieglitz19, Antwerp
Studio G7, Bologna
Suzanne Tarasieve, Paris
Taka Ishii Photography / Film, Tokyo
Taller De Mike, Mexico*
Tanit, Beirut
Tender, New York*
The Photographers’ Gallery, London
This Is No Fantasy, Melbourne
Thomas Zander, Cologne
Three Shadows +3, Beijing*
TOBE, Budapest
Toluca, Paris
Torch, Amsterdam*
Up, Taiwan
Valeria Bella, Milan
Vasari, Buenos Aires
Vermelho, São Paulo*
Viasaterna, Milan
Vintage, Budapest
Vu’, Paris
Webber, London
Wouter Van Leeuwen, Amsterdam*
Yancey Richardson, New York
Yumiko Chiba, Tokyo
Zalucky, Toronto *
Liste des éditeurs « Paris Photo 2024 »

Actes Sud, Arles
Akio Nagasawa, Tokyo
Alain Sinibaldi, Montreuil*
André Frère Editions, Arles
Aperture, New York
Atelier Exb / Éditions
Xavier Barral, Paris
Bookshop M, Tokyo
Case, Tokyo
Chose Commune, Marseille
Damiani, Bologna
Datzpress, Seoul
Delpire & Co, Paris
Dirk K. Bakker Boeken, Amsterdam
Editions Images Vevey, Vevey*
Filigranes, Paris
France Photobook, Paris
Gost, London
Hartmann, Stuttgart
Jeu de Paume, Paris*
Kodoji Press & Zavod
P.A.R.A.S.I.T.E., Baden/ Ljubljana*
Kominek, Berlin
Komiyama Tokyo, Tokyo
L’Artiere, Bologna
Le Bec en L’air, Marseille
Le Plac’art Photo, Paris*
Loose Joints, Marseille
Mack / SPBH Editions, London
Mörel, London*
Poursuite, Arles
Puro Chile, Santiago
Radius, Sante Fe
RM, Barcelona
Rorhof, Bolzano* RVB Books, Paris
Spector Books & The Eriskay Connection, Leipzig/Breda*
Stanley Barker, London
Steidl, Göttingen
TBW, Oakland
Textuel, Paris
The Eyes, Paris
The(M) Editions, Paris
Twin Palms Publishers, Los Angeles*
Void, Athens*
The Lumen Prize

Paris Photo, un évènement incontournable pour les amoureux de la photographie, s’associe fièrement cette année avec The Lumen Prize dans une collaboration qui promet d’apporter un nouveau souffle à l’exposition. Cette association entre Paris Photo et The Lumen Prize témoigne d’une volonté commune de valoriser et de récompenser l’innovation dans le domaine des arts numériques. Ensemble, ils introduisent un nouveau prix de 5 000 euros destiné à récompenser la meilleure présentation parmi les exposants du secteur numérique. Cette initiative souligne l’importance croissante de la technologie et de la numérisation dans l’art contemporain, en reconnaissant le talent et la créativité des artistes évoluant dans ce domaine.
L’introduction de ce prix est une preuve tangible de l’évolution de l’art photographique et de son interaction avec les nouvelles technologies. En valorisant les œuvres numériques, Paris Photo et The Lumen Prize encouragent les artistes à explorer de nouvelles frontières et à repousser les limites de leur créativité. C’est une reconnaissance significative pour les exposants du secteur numérique, souvent à l’avant-garde de l’expérimentation artistique, qui utilisent la technologie comme un outil essentiel dans leur processus créatif. En offrant ce prix, les organisateurs mettent en lumière la diversité et la richesse de la photographie contemporaine, ouvrant la voie à de nouvelles perspectives et inspirations pour le public et les créateurs.
L’introduction de ce prix par Paris Photo et The Lumen Prize est non seulement une opportunité pour les artistes numériques de recevoir une reconnaissance et un soutien financier mais c’est aussi une invitation à continuer d’innover et de surprendre. Cela représente un pas en avant significatif dans la reconnaissance des arts numériques, soulignant leur place légitime au sein de la communauté artistique mondiale. Ce partenariat et la mise en place de ce prix témoignent de la dynamique actuelle qui anime le monde de l’art: une ouverture toujours plus grande à l’innovation et une volonté de célébrer l’art sous toutes ses formes.
Liste des artistes qui expose pour la première fois à Photo Paris

Evelyn Bencicova | Artemis, Lisbon*
Thibault Brunet | Binome, Paris
Christiane Peschek | Droste, Düsseldorf,
Paris, Berlin* Sabrina Ratté |
ELLEPHANT & Charlot, Montreal/Paris
Alina Frieske | Fabienne Levy, Geneva, Lausanne*
Erika Weitz & Thomas Noya | fxhash*
Tim Berresheim | Judith Andreae, Bonn
Gretchen Andrew | L’Avant Galerie Vossen, Paris
Jack Butcher, Tyler Hobbs | laCollection, Paris
Holly Herndon & Mat Dryhurst, Trevor Paglen
| Louise Alexander / Fellowship, Porto Cervo
Andreas Gysin & Sidi Vanetti, Leander Herzog
& Kim Asendorf, Zach
Lieberman, Sarah
Meyohas, Vera Molnár
& aurèce vettier, Rik
Oostenbroek, Nicolas
Sassoon, Lars Wander|
Nguyen Wahed, London
Lorna Mills | objkt.one, Zurich*
Ana Maria Cabalero, Jonas
Lund | Office Impart, Berlin
Friedemann Banz & Giulia
Bowinkel | Schierke
Seinecke, Frankfurt*
Alkan Avcıoğlu, Michael
Mandiberg, Katie
Morris, Rudxane,
Marcel Schwittlick |
Tender, New York*